Sightlines à l’imprimerie Finzi: Quand le Central donne carte blanche à l’artiste Robert Sochacki!

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DU 19 AU 21 SEPTEMBRE, LE CENTRAL A DONNÉ CARTE BLANCHE À ROBERT SOCHACKI. UNE EXPOSITION INTITULÉE SIGHTLINES À L’IMPRIMERIE FINZI: UN AU REVOIR À LA TUNISIE, TRISTE, BEAU, ÉMOUVANT!

En 1913 l’imprimerie Finzi , créée en1829 à la rue de la Commission s’est installée à la rue de Russie. Cet immeuble est indissociable de l’histoire de l’imprimerie en Tunisie. C’est là qu’était notamment édité «Il Corriere di Tunisi», seul journal italophone de Tunisie et du monde arabe. Après le transfert à Douar Hicher de l’imprimerie qu’allait-il advenir de ce bâtiment si chargé d’histoire(s) de la rue de Russie?

Le «Central», ce nouveau venu de la scène culturelle tunisienne qui entend réhabiliter culturellement le centre-ville a donné une réponse à cette question en l’investissant durant trois jours, les 19, 20 et 21 septembre 2019, donnant carte blanche à Robert Sochacki, artiste et universitaire polonais en résidence à Tunis depuis avril. Robert Sochacki qui aime à dire qu’il «peint avec la lumière» est connu en Tunisie depuis interférence 2017 où il avait transformé le musée lapidaire Sidi Bou Khrissan en jardin tropical par ses projections colorées et musicales.

À l’imprimerie Finzi, l’artiste a réuni une dizaine de complices rencontrés tout au long de son séjour en Tunisie sous la bannière d’un titre évocateur: « Sightlines »: Maciej Choleva, Nedezdha Titova, Ali Tnani, Lukasz Horbow, Olivier Sévère, Ymen Berhouma, le collectif SouzS ,Irfan Brkovic, Mohamed Ghassan, Wadi Mhiri, les artistes de  «On public gallery» …

The field -Irfan Brkovic- © Edia Lesage

Tous ces artistes ont été réunis pour leur manière d’appréhender la condition humaine. En effet, ce «séjour tunisien» a permis à Robert Sochacki de poser un regard extérieur sur l’Europe et son pays d’origine , la Pologne , ainsi que de s’immerger dans le quotidien de la vie quotidienne et artistique locale : il en est ressorti une communauté d’esprit et de problèmes que vivent nos sociétés aujourd’hui, du point de vue sociologique et politique , traversées par les nationalismes, la peur de l’étranger qui cohabite avec une perte d’identité inconsciente ou désirée, des médias et des réseaux sociaux dont la cacophonie ne nous permet plus de nous entendre, de nous écouter de nous voir .

C’est ainsi que l’on entrait dans un palimpste: une ville factice, bâtie sur les ruines de bâtiments historiques que l’on n’entretient plus et qui, par leur disparition, constituent des tragédies patrimoniales, historiques et culturelles («Floor covering»). Des pierres, parlons- en, avec la vidéo d’Olivier Sévère dans laquelle elles chutent de manière hypnotique (« Laps »), dans une étrange lithothérapie apaisante. La chute n’est pas que minérale, le plastique omniprésent dans nos rues désormais jonchées de détritus prend sous le projecteur une dimension poétique («Etude for plastic bottles»).

Les hommes chutent physiquement, aussi, dans cet univers chaotique, comme nous le montre la projection «the field» mais aussi psychologiquement, sombrant dans une mélancholie nostalgique, tentant de rassembler des bribes de souvenirs, ceux des anciens qui furent jeunes «even the sun has rumors», la folie ou l’absence de raison nous fait perdre nos repères –si on ne les a déjà perdu avec «Europe». C’est aussi le thème de «Rodina», terme russe qui signifie la porosité entre la vie de famille et la vie politique et celui de l’installation «Behind Bars».

Force est de constater que la société d’aujourd’hui ne nous propose pas de beaux lendemains: toute l’exposition, dans ce lieu chargé d’âme, tourne autour de la perte, de l’oubli de ce que nous fûmes, de ce que nous sommes et de que nous serons.

Le dernier jour, sous un petit crachin tropical, Mohamed Ghassan exposait ses sculptures intitulées «Grotestica», à notre image future, tournant le dos à notre humanité, alors que Wadi Mhiri nous installait un marché ou la vie était bradée à un «douro», la justice gratuite, où la respiration coûtait un dinar, l’avis personnel et l’humanité pas beaucoup plus …

Avec «Sightlines» le «Central » et Robert Sochacki ont réalisé un travail d’art thérapie en réussissant à attirer des artistes et un public dans ce centre-ville si abimé, si chaotique, si délaissé, si mal aimé et en recréant, l’espace de trois soirées, une communauté de personnes réunies par l’art.

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